Garnica veut repeupler l’Aube

Le leader européen du contreplaqué de peuplier n’est pas encore installé mais contractualise déjà avec des propriétaires forestiers et des collectivités. Derrière l’implantation de l’usine, reportée à 2022, l’envie de redonner ses lettres de noblesse à une filière historique dans l’Aube.

Plusieurs hectares de peupliers aubois, comme ici sur la commune de Jasseines, considérés de grande qualité par Garnica, ont déjà été vendus cette année.

Jasseines, petite commune du nord est de l’Aube de moins de 200 habitants. Des champs à perte de vue et … une richesse quasi insoupçonnée au pied de la rivière. Sagement alignés, 30 hectares de peupliers – parmi les plus beaux du monde de l’avis de Pedro Garnica, président du fabricant espagnol de contreplaqué Garnica – coulent le long du Meldançon. Une aubaine pour le leader sur le marché européen. Alors que le Covid a retardé le démarrage de l’usine en périphérie troyenne, l’entreprise espagnole met les bouchées doubles pour développer son marché de prestataires. « On a démarré l’exploitation il y plus d’un an », atteste Pierre Dhorne, directeur du futur site aubois.

Vente sur pied

Actuellement, environ quinze camions par semaines partent du département vers l’usine de Samazan, unique site français du groupe, « le tout sans répercussion en termes de tarifs pour les propriétaires forestiers », assure le responsable. Une bonne manière de constituer un réseau de populiculteurs. Car à terme, le site de Garnica dans l’Aube pourra produire 15 000 mètres cubes de bois par an. Un volume qu’il achète sur pied, en direct avec les propriétaires forestiers ou les communes, en moyenne 10 000 euros l’hectare. C’est le cas à Jasseines, dans l’Aube, où plusieurs hectares ont été vendus, mais aussi dans les départements limitrophes (Marne, Haute-Marne, Ardennes notamment), dans un rayon de 300 kilomètres. « Aller chercher du bois plus loin, cela n’aurait pas de sens », soutient Pierre Dhorne qui croit au développement de la filière sur le territoire de l’ex-Champagne, réputée pour sa culture du peuplier.
Garnica travaille déjà avec des abatteurs et des débardeurs locaux. « Ils ont des prix intéressants, apprécie Fabien Rivière, marchand de bois et abatteur, ils font des longueurs plus grandes que le marché italien, ils achètent de grosses parcelles ». Fabien Rivière se dit séduit aussi par le suivi de Garnica d’un bout à l’autre de la chaîne du peuplier, jusqu’à la remise en état des terrains, avec un vrai lien entre les différents acteurs et un raisonnement en « mode filière » y compris dans la formation.

Aides à la replantation

A ce jour, un quart du peuplier aubois est exporté hors des frontières françaises. En s’implantant dans le département, l’industriel fait le pari de l’économie circulaire et le vœu de redensifier la peupleraie locale. Tous les éléments concordent : « le marché du bois déroulé est présent, il n’a jamais failli pendant la crise. Et il y a une dynamique forte de plantation notamment dans le Grand Est », soutient Pierre Dhorne. La région a compté jusqu’à 300 000 peupliers avant que la production passe sous la barre des 50 000. L’objectif du programme régional peuplier 2021-2026 de la Région, conduit sous l’égide de Fisbois, l’interprofession forêt-bois de la région, est de retrouver le niveau d’antan et de permettre ainsi à toute une filière – pépiniéristes, populiculteurs, industriels du bois – d’émerger.
Car le programme régional peuplier permet aux propriétaires forestiers d’obtenir des aides à la replantation, grâce à un abondement du Conseil régional. Et Garnica promet aussi une participation à ceux qui s’engagent à replanter du peuplier certifié PEFC, pour une gestion forestière durable. A la lecture de ces ambitions, Garnica est intimement « persuadé que la région puisse redevenir leader du peuplier en France, en quantité comme en qualité. »

© Emeline Durand

Covid ou pas, Garnica s’implantera

Quatre-vingt millions d’investissement, 300 emplois à terme, 180 000 mètres cubes de contreplaqué, Garnica est attendu de pied ferme dans la métropole troyenne. Il faudra patienter encore un peu. Avec la crise sanitaire, le chantier, qui devait débuter au printemps dernier, est à l’arrêt. Seuls les accès routiers et réseaux ont pour l’instant été réalisés par l’agglomération troyenne. Mais l’entreprise n’a jamais eu de doute quant à la poursuite du projet. « Le Covid ne touche pas le peuplier. Si on s’installe ici c’est parce que dans notre philosophie d’entreprise, on souhaite valoriser localement le produit », rassure Pierre Dhorne. « Aujourd’hui, cela a juste touché au calendrier. Il nous fallait valider le dynamisme du marché après le confinement. Depuis août, tous nos marchés, le mobilier de cuisine aux Etats-Unis, la construction en Hollande ou encore le contreplaqué pour la caravane, d’autant plus porteur en cette période, sont repartis fortement. »  Prévu mi-2021, le démarrage de l’usine devrait plutôt avoir lieu début 2022.

 

Une solution en zone inondable

Autre atout et non des moindres, du peuplier pour l’agriculture, son rôle dans l’écosystème des zones inondables. « On en est conscient…, approuve Pierre Dhorne. Elle pourrait être une solution intéressante dans des zones comme la Bassée. On va mettre en place des partenariats avec des acteurs de l’écologie pour avoir un suivi de la biodiversité et l’améliorer. Aujourd’hui, le peuplier est implanté sur 20-25% de la Bassée. La Dreal nous a assuré qu’il y avait clairement une volonté d’assumer la place du peuplier dans cette réserve et de faire de la populiculture une vitrine ». A condition sans doute d’améliorer certains process « pour faire du peuplier encore mieux ». Car le peuplier a aussi un rôle à jouer en termes de qualité de l’eau. Une étude de l’Inrae indique que la capacité d’absorption des nitrates par une peupleraie est sept fois supérieure à celle d’une prairie. A ne pas négliger.