Elle brasse l’orge de la ferme

Aix-Villemaur-Pâlis. La bière peut être une histoire de famille. Clémence Thibord est brasseuse ; son frère Antoine est quant à lui agriculteur. Et forcément, une partie des boissons élaborées est produite à partir de l’orge cultivée sur la ferme familiale.

Clémence Thibord. © A.T.

Chez les Thibord, on aime entreprendre. Clémence Thibord a décidé voilà trois ans de créer une brasserie artisanale. Le monde des céréales ne lui était pas inconnu : elle est en effet fille et petite-fille d’agriculteurs. Pour autant, rien ne la prédestinait à exercer cette activité. « J’ai des aïeuls qui étaient assez entreprenants. La ferme familiale a été créée en 1936. Nous étions les premiers à avoir une moissonneuse-batteuse. Mes aînés ont également participé à la création d’une usine de déshydratation. J’ai voulu m’inscrire dans ce tempérament entrepreneurial, tout en retissant des liens avec là d’où je venais », raconte-t-elle volontiers. Si bien qu’après des études littéraires et une expérience professionnelle dans l’événementiel à Paris, et ce pendant 11 ans, elle a souhaité changer de voie et s’orienter vers la production de bières.

Sur les terres familiales

Et c’est sur les terres familiales, à Pâlis, qu’elle a choisi d’installer ses locaux. Montant de l’investissement : 450 000 euros (dont près de 200 000 euros HT pour le matériel). « J’adore mon village. J’ai grandi ici », indique-t-elle. Mais avant la construction du bâtiment, il a fallu apprendre cet autre métier. Une véritable aventure mêlée de passion et de rencontres. « J’ai commencé à brasser chez moi en 2012, j’ai aussi passé un diplôme universitaire de brasseur à l’université de La Rochelle. J’ai par ailleurs réalisé un tour de France des brasseries pendant une année. Lors de stages, les autres brasseurs m’ont beaucoup appris », explique-t-elle encore. Elle est également soutenue par sa famille, et notamment son frère Antoine. « Je me suis lancé avec lui, cela s’est décidé au lendemain d’une soirée. On a commencé à brasser ensemble, il est par ailleurs associé dans l’entreprise », ajoute-t-elle.

Son inspiration dépend à la fois des saisons que de l’humeur du moment. Aujourd’hui, la brasserie commercialise aujourd’hui 5 bières permanentes ainsi que 3 saisonnières. Toutes les bières sont élaborées avec au moins 60% de malt pale issu de l’orge de son frère. « Nous faisons malter à façon des orges de la ferme », précise-t-elle encore. Une bière s’appelle même « la Pale is » ; son malt est issu à 100% de la ferme. Un joli clin d’œil.

Un véritable lieu de vie

En 2018, la brasseuse a produit 280 hectolitres de bière. Une production dont la commercialisation rayonne dans tout l’Hexagone. « Nous comptons parmi nos clients des cavistes que des bars à bières, à Lille, Lyon, Montpellier, Paris… », précise Clémence Thibord. L’entrepreneuse souhaite également développer ses ventes au niveau local. Ses bières sont déjà proposées à la carte de plusieurs bars et restaurants locaux. Mais elle souhaite également les vendre à la brasserie. « Cela se développe petit à petit. Les habitants ont l’idée d’aller acheter du pâté à la boucherie du coin, mais cela ne leur vient pas forcément à l’esprit pour une bière locale », poursuit-elle. Elle a aménagé pour ce faire un point de vente où elle accueille volontiers ses clients chaque jeudi et vendredi. Ce qui lui permet aussi de mieux expliquer son produit.

Il faut dire que la brasserie a vocation à devenir un véritable lieu de vie. « L’idée est de développer les ventes sur place, sans faire plus de volume. On organise divers ateliers bières et fromages, ou bières et chocolat. Les gens pourront aussi venir faire des barbecues ici, il faudra seulement consommer les boissons sur place », souligne-t-elle encore.

Les projets restent nombreux. La brasserie utilisera-t-elle de l’orge maltée localement ou du houblon aubois ? Ce sont également des pistes envisagées. Clémence Thibord se dit en tout cas prête si l’occasion venait à se présenter.

Aurélien Tournier