« Il faut mettre en avant tout ce que l’agriculture nous apporte »

Trois questions à Guillaume Lefort. Originaire d’Arville, en Seine-et-Marne, cet agriculteur est depuis le 26 septembre 2018 le président de l’association Agridemain. Cette « plateforme de communication positive » a été présentée aux adhérents de la FDSEA de l’Aube lors de l’assemblée générale le 4 juin dernier.

Guillaume Lefort
Guillaume Lefort, président de l’association Agridemain. ©Horizons

Agridemain, qu’est-ce que c’est ?

C’est une plateforme de communication positive qui a pour but d’accompagner un réseau d’ambassadeurs dans la mise en route d’actions de communication. Il s’agit d’inciter les agriculteurs à communiquer, sur leur métier et le monde agricole en général. Cette communication s’articule autour de plusieurs axes : la production alimentaire, l’emploi – un facteur important avec toutes les filières en amont et aval –, la protection de l’environnement et l’innovation. L’Agriculture, c’est un métier qui travaille avec son écosystème, qui bouge, qui évolue, qui innove.

Quel est le portrait type d’un ambassadeur Agridemain ?

Il n’y en a pas. Nous comptons aujourd’hui à travers l’Hexagone plus de 300 ambassadeurs et notre réseau ne cesse de croître. Il y a des agriculteurs, des éleveurs, des vignerons, des techniciens de coopératives, des salariés de cuma, etc. Tous font la diversité du monde agricole. Et tous ont fait le constat qu’il est devenu essentiel de communiquer sur son métier. Aujourd’hui, toutes les entreprises ont un budget communication et mettent en place des actions. Il nous faut expliquer quelles sont nos pratiques, raconter l’histoire de nos produits… Ce qui a été logique pendant très longtemps ne l’est plus aujourd’hui. On a tous des usines à ciel ouvert : les gens voient ce que l’on fait, mais ils ne comprennent pas toujours. Nous ne sommes pas là pour donner des leçons. Non, nous ne sommes pas les meilleurs au monde. Il faut expliquer ce que l’on fait, comment on avance, parfois avec des contraintes. À un moment donné, cela peut arriver que l’on mette un peu de terre sur la route, ou que l’on va être dans un champ un samedi pour moissonner. La finalité, ce n’est pas d’embêter les gens, mais de sauver une récolte et cela il faut l’expliquer. C’est notre seul revenu. Mais également sur le fond, quand on pulvérise, ce n’est pas pour empoisonner les gens, un abattoir restera toujours un lieu où l’on donne la mort, etc. Cela étant, on donne la vie aussi. L’Agriculture nourrit nos concitoyens et nos animaux entretiennent le territoire.

Qu’est-ce que le réseau apporte à ses ambassadeurs ?

L’ambassadeur est libre. Il peut communiquer là où il se sent le plus utile, quand il le souhaite. Il n’a aucune obligation. Cela peut être lors de la fête des moissons et des récoltes, mais aussi autour d’un repas participatif ou d’une simple rencontre. Le réseau est là pour l’accompagner. Nous avons une présence sur les médias sociaux, et nous pouvons relayer les initiatives. Lors du dernier salon international de l’agriculture, nous avions également un stand dans le hall 4. Nous mettons aussi à disposition des outils pour communiquer dans les écoles. Nous avons par exemple imaginé des panneaux présentant les fermes, qui indiquent plusieurs informations : le nom de l’exploitation, le nombre de personnes qu’elle peut nourrir, le nombre d’animaux, la quantité de carbone captée, nous avons aussi un ratio qui nous permet de déterminer le nombre d’emplois induits, etc. Nous mettons aussi en place des formations, dont comment se mettre en scène avec seulement un smartphone. En bref, l’ambassadeur est quelqu’un de libre et nous sommes présents à ses côtés. Son seul engagement est de respecter une charte de valeurs. Comment inciter à venir nous rejoindre ? J’ai envie de dire qu’il faut regarder ce qu’il se passe autour de nous. La pression sociétale est de plus en plus interrogative. Il ne faut pas laisser place aux doutes, mais il faut expliquer ce que les gens respirent, ce qu’ils mangent. On utilise un bien commun qui est la terre, on en prend soin. Il faut mettre en avant tout ce que l’agriculture nous apporte.

Propos recueillis par Aurélien Tournier