« Le retour du houblon s’observe dans toutes les régions »

Trois questions à Édouard Roussez, ancien président de l’association Houblons de France et houblonnier à Hazebrouck (Nord). Il revient sur la dynamique qui existe à travers l’Hexagone quant à la culture du houblon.

Édouard Roussez.

L’association Houblons de France a été créée en 2015. Quelle était alors la situation du marché en France ?

La situation du marché à la création de cette association était claire. Nous avions constaté que seules les coopératives étaient présentes sur le marché, 95% des surfaces (environ 450 ha) étaient situées dans une zone de moins de 5000 km2. Près de 75% des brasseurs privilégiaient aussi le houblon étranger. Il était par ailleurs impossible pour des producteurs de vendre leur houblon s’ils ne faisaient pas partie d’une coopérative. Il n’existait aucun référentiel technique en français sur la culture du houblon, aucune formation pour devenir houblonnier, aucun événement qui permette aux houblonniers d’échanger sur leurs pratiques et leur vision, aucune base de donnée bibliographique sur la culture du houblon, pas de plants disponibles, pas de solutions de pelletisation ni de solutions d’analyses, etc. Bref, tout était à faire. Ce fut justement les premières actions de notre association depuis 2015 grâce à une poignée d’adhérents motivés.

Certains pensent que la culture du houblon est cantonnée aux régions Hauts-de-France et Grand Est. Qu’en est-il vraiment ?

Le retour du houblon s’observe dans toutes les régions, sans distinction de l’historique dans cette culture. On observe cependant une plus forte accélération de l’augmentation des surfaces dans deux cas précis. Tout d’abord lorsque le nombre de brasseries par habitant est supérieur à la moyenne nationale, comme c’est le cas en Bretagne ainsi qu’en région Auvergne-Rhône-Alpes). Cette dynamique est également présente lorsque les brasseurs et les agriculteurs réussissent à coopérer autour de la relocalisation du houblon (Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes), notamment grâce à la participation de structures de coordination et des politiques territoriales engagées.

Le houblon peut-il aussi être un débouché pour les agriculteurs ?

Oui. Mais tout reste encore à faire pour les convaincre de choisir le houblon. Ce travail ne peut se faire seul, ni sans moyens. Produire du houblon, c’est faire un pari. L’investissement est colossal, il s’élève à environ 80 000 euros par hectare. Il n’y a pas ou peu de production les premières années, les rendements sont tributaires de la météo et des bio-agresseurs. Certaines variétés sont aussi parfois capricieuses… Si on veut convaincre des agriculteurs, il faut aussi que les brasseurs soient sensibilisés aux difficultés de la production de houblon et doivent garantir au producteur un minimum de sécurité, en contractualisant avec lui à un prix juste. C’est d’abord le lien de coopération entre le brasseur et le houblonnier qui va permettre d’avancer. Il faut dépasser la relation acheteur-vendeur et travailler ensemble. Je suis convaincu que si la bière artisanale n’investit pas dans ses approvisionnements de matières premières locales, la tendance restera “hors sol” et donc éphémère.

Propos recueillis par Aurélien Tournier