Un nouveau souffle pour le prieuré de Viverie

Viviers-sur-Artaut. Le prieuré de Viverie, édifié au XIIème siècle, s’apprête à vivre une seconde jeunesse. Il dépendait à l’époque de l’abbaye de Montiéramey et avait notamment vocation à élaborer du vin. Aujourd’hui, un site oenotouristique y a été installé. Ouverture des portes début juin.

Vincent Grandpierre a toujours reconnu le potentiel de cet ancien prieuré bénédictin. Après une longue réflexion, il a décidé d’en faire un site oenotouristique, qui présentera le travail de la vigne et de la vinification, mais aussi le développement du vignoble aubois. © Vincent Grandpierre.

Ce n’est désormais plus qu’une question de jours. Le prieuré de Viverie, édifié au XIIème siècle, va ouvrir ses portes au public. Derrière ce projet, Vincent Grandpierre. « L’idée première, c’était la sauvegarde du patrimoine. J’ai investi pour le bien commun », souligne-t-il volontiers. Vincent Grandpierre est un enfant du village. « Je me suis toujours demandé ce qu’il pouvait y avoir à l’intérieur de cet édifice », confie-t-il. Alors, lorsque le monument a été mis en vente en 2002, il s’en est porté acquéreur. « Je ne savais pas encore ce que j’allais en faire. C’est un lieu qui avait un potentiel. Je pouvais en faire un restaurant ou encore un hôtel », relate-t-il. Il le réhabilitera 8 années durant. En 2011, Vincent Grandpierre reprend le domaine viticole familial (il y travaillait depuis 1999). L’idée se précise alors : il allait associer le champagne, l’art et le patrimoine.

Associer champagne, art et patrimoine

Le site a été imaginé pour devenir un espace oenotouristique majeur dans la région. En ses murs, pas d’autel, de cellule, ni de réfectoire. C’est une toute autre histoire que le visiteur pourra découvrir en ces lieux. Cela va sans dire, l’histoire du prieuré sera tout de même abordée. Mais au fil des salles, le grand public sera amené à mieux appréhender le travail dans les vignes ainsi que dans les caves, au travers de la présentation de matériels. Il découvrira également le développement du vignoble aubois. « Dans les années 1960, il n’y avait plus de vignes dans le village. C’est l’arrière-grand-père de Vincent Grandpierre, aidé du ministre de l’Agriculture Edgard Pisani, qui vont faire renaitre son vignoble », explique Michel Cornet, maire de Viviers-sur-Artaut. Des dégustations sont également prévues ; une salle dédiée recevra enfin des expositions d’art contemporain. Difficile de ne rien ressentir lorsque l’on pénètre dans de vieilles bâtisses. Cet ancien prieuré bénédictin, malgré plusieurs incendies, est un élément architectural qui conserve une forte identité. Et l’émotion n’y est qu’amplifiée avec l’installation d’un fût en mélèze haut de plusieurs mètres. Lequel rappelle la vocation première du prieuré, qui était de récolter du raisin et de stocker des vins. Mais il s’agit aussi de souligner une notion d’élévation spirituelle.

Vincent Grandpierre. © A.T.

Un lieu et un champagne d’excellence

Si Vincent Grandpierre endosse actuellement davantage la casquette de guide touristique, c’est aussi un vigneron. Depuis plusieurs années, il exploite en effet 8 hectares au cœur du village, prenant la suite de ses aînés qui y sont installés depuis 1705. Chaque année, il commercialise près de 25 000 bouteilles (un tiers de la production de raisin étant vinifié, le restant étant vendu à des maisons de négoce). Ces dernières sont principalement destinées au marché des particuliers français. Mais lors de la restauration du prieuré, il a également imaginé la création d’une marque, accompagnant une nouvelle cuvée. « J’ai souhaité proposer un champagne plus haut de gamme, avec une vinification différente et les meilleures sélections parcellaires », précise-t-il encore. Il qualifie d’ailleurs ce champagne comme « gastronomique ». « Il est plus en finesse et en souplesse. Je pense qu’il peut s’adresser aux restaurateurs », ajoute-t-il.

Des retombées économiques pour le territoire

En créant ce site oenotouristique, Vincent Grandpierre – gérant du domaine Robert-Grandpierre -, crée ainsi un nouvel univers. « Il faut juste proposer quelque chose d’authentique, d’attractif et original. Il faut une histoire à raconter et nous l’avons. Quand on a la chance d’hériter d’un patrimoine familial, et que des gens se sont battus pour valoriser un vignoble, il faut poursuivre leur action, comme une mission », indique-t-il. Un nouvel univers qui devrait permettre d’accroître les ventes au domaine. Mais il profitera également à l’économie locale, même si le village ne compte aucun commerce. Vincent Grandpierre veut créer une émulation avec les autres sites touristiques ; les restaurateurs et hôteliers situés aux alentours pourraient aussi profiter des flux des visiteurs. Le vigneron espère en tout cas en accueillir entre 2500 et 5000 chaque année.

Aurélien Tournier