Le Groupement champenois veut mobiliser la micropropriété

Sylviculture. Les petites parcelles peuvent aussi rapporter gros. Ainsi, le Groupement champenois – dont le siège est à Saint-Thibaut – sensibilise actuellement tous les propriétaires. Il faut dire que les besoins des industriels sont importants.

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Le Groupement champenois de développement et de gestion forestière, plus communément appelé le « Groupement champenois », a fêté l’an dernier ses 50 ans. L’occasion de faire un bilan des années écoulées : aujourd’hui, celui qui est aussi un syndicat professionnel gère environ 34 000 hectares de bois et forêts. Dans l’Aube bien sûr, mais aussi au cœur des départements limitrophes. Il compte également 780 adhérents. « Contrairement à une coopérative, nous n’achetons pas la matière première. Nous apportons seulement un appui pour la gestion sylvicole, économique, juridique et fiscale. On estime ce que ça vaut et ce qu’il faut couper. Pour la vente du bois, nous organisons des appels d’offres », explique Christophe Baudot, directeur du Groupement champenois. Lesquels sont d’ailleurs organisés deux fois par an au lycée forestier de Crogny.

Le chêne, un gisement sous-exploité

Le groupement compte 16 collaborateurs (dont 7 conseillers et 5 ouvriers forestiers). Avec la prestation de services, la structure réalise ainsi chaque année environ 1 million d’euros de chiffres d’affaires. Les ventes de bois génèrent quant à elles entre 6 et 7 millions d’euros, sur lesquels le groupement perçoit 4% pour l’organisation et une partie du suivi. Bref, on pourrait donc dire que tout va bien. Sauf que dans toute entreprise, mieux vaut avoir une vision à moyen et long terme. Et pour l’heure, le constat est on ne peut plus simple : il n’y aura pas assez de bois. « On voit qu’en proposant 70 000 m3 de bois à la vente chaque année, essentiellement du chêne, cela ne suffit pas à satisfaire les attentes des industriels et des scieurs locaux », précise aussi Christophe Baudot. D’où la mise en place du programme « Enjeu 2025 ».

L’enjeu est double : il s’agit de mobiliser davantage de bois pour répondre aux attentes des industriels, mais aussi travailler à résorber la micropropriété en forêt. Selon les essences, les situations ne sont pas les mêmes. Pour les peupliers, il est par exemple nécessaire de reboiser. Mais pour le chêne, le gisement serait d’après le Groupement champenois « sous-exploité ». D’après Christophe Baudot, les raisons sont diverses. « La forêt peut être un produit d’héritage. La génération qui hérite voit cela comme un complément de revenu et ne s’y rend souvent que lorsqu’elle a besoin d’argent, surtout dans les petites parcelles. Les propriétaires ne sont pas sensibilisés à la coupe de bois et ne font pas ce qu’il faut. D’autres ne connaissent par ailleurs pas la limite de leurs parcelles », explique-t-il notamment.

Vers la création d’une bourse foncière

Les microparcelles sont également dans son viseur. « Lorsque l’on a un massif de plus de 25 ha, il est obligatoire d’élaborer un plan simple de gestion. Celui-ci prévoit les opérations qui seront à réaliser pour les 15, 20 ans à venir », précise-t-il aussi. Or, dans l’Aube, plus de 92% de parcelles boisées feraient moins de 4 ha, la surface moyenne d’une parcelle de bois dans le département étant d’ailleurs de 2,34 ha. Le morcellement serait donc l’un des freins à la mobilisation du bois.

Ainsi, dans le cadre de son programme « Enjeu 2025 », le Groupement champenois s’est donné pour objectif d’aller à la rencontre de tous les propriétaires forestiers (à partir d’1 ha), afin de les informer et les sensibiliser quant aux travaux qui peuvent être réalisés sur leurs parcelles… et sur les bois qui pourraient profiter à l’économie locale. D’ailleurs, qu’on se le dise, les bois situés sur des petites parcelles peuvent aussi rapporter gros (voir tableau ci-dessous).

La création d’une bourse foncière est également envisagée. Soit une enveloppe financière dont le montant s’élève environ à 200 000 euros sur trois ans. Un conseiller dédié sera recruté. « Il y a, selon nos derniers sondages, 20% des propriétaires qui aimeraient vendre leurs parcelles et/ou les échanger », précise aussi Christophe Baudot. Autant de biens qui seront à terme répertoriés sur un site Internet, mais aussi sur un format papier.
Aurélien Tournier

Groupement forestier de Chantermerle : une levée de 268 000 euros

Acheter des parts d’un groupement forestier (GF) est aujourd’hui une solution appréciée ; elle permet en effet de bénéficier de nombreux avantages fiscaux. C’est ce qu’on appelle une « forêt papier ». Soucieux de répondre aux demandes de ses adhérents, et afin d’assurer une « gestion plus efficiente » de ses réserves financières, le Groupement champenois a donc acheté une forêt de 52 ha située à Cormost. Il a aussi créé le GF de Chantemerle (une SCI). Le syndicat professionnel possède 51 % des parts, le restant étant détenu par des adhérents. « Nous devions récolter 268 000 euros, nous en avons récolté le double ». Un deuxième projet de ce type sera donc mis en place.

En attendant, des récoltes seront à court terme réalisées. D’autres travaux seront aussi menés en parallèle, comme des régénérations ou encore l’aménagement d’une petite route forestière. Outre assurer une rentabilité pour les porteurs de parts, cette forêt a également vocation à accueillir des expérimentations et innovations sylvicoles. Des supports pédagogiques (parcours dentrologique, fosses pédologiques, etc.) seront également installés.
A.T.