« Dame nature a complètement perturbé nos activités »

Trois questions à Didier Maudoux, président de la coopérative Capdéa depuis 2006. Il revient sur la dernière campagne ainsi que les perspectives à venir.

Que faut-il retenir de la campagne 2018 ?

Dame nature a complètement perturbé nos activités : ce fut une année compliquée, pleine de contrastes. Elle a été particulièrement humide au printemps, générant une forte production de luzerne avec des première, deuxième, et moitié de troisième coupes exceptionnelles. Malheureusement, les quatre mois de sécheresse consécutifs ont entraîné une chute drastique des rendements : « plus rien » à partir du 10 août. Au final, le volume de luzerne est en baisse de 13%. Le rendement est moyen mais pas catastrophique, et très variable d’une parcelle à l’autre. Points positifs également, un record de matière sèche à la récolte gommant l’impact de la hausse du prix de l’énergie et une légère augmentation de prix de vente.

Pour l’œillette, c’est la pire campagne jamais connue. Les semis ont été un peu plus tardifs que d’habitude. Mais ce sont les températures exceptionnellement élevées du début de cycle, les mois humides, puis la sécheresse, qui ont perturbé la croissance des plantes. Des adventices ont profité des conditions météorologiques pour salir les cultures. Sur les 2850 ha, 156 ha n’ont pas pu être récoltés. Concernant la pulpe, nous dépendons de nos fournisseurs, deux adhérents groupes sucriers. Le rendement racine a été faible cette année. Notre production a baissé de 46%. Nous n’avons jamais aussi peu produit depuis 20 ans. Les prix de vente n’étaient par ailleurs pas à la hausse. Avec -24% de diviseur et de très faibles marges sur
les activités de diversification, l’exercice 2018 est très compliqué. Le conseil d’administration veillera à maintenir l’intérêt de nos cultures chez nos adhérents. La coopérative a un bilan sans dette long et moyen terme, avec des réserves qui permettent d’absorber ces exercices compliqués.

Didier Maudoux, président de la coopérative Capdéa.

2018, c’est aussi la concrétisation de l’investissement à Aulnay ?

Un tambour en fin de vie a effectivement été renouvelé par un modèle plus gros, plus performant, plus vertueux. C’est très rare de changer ce type d’équipements dans la filière. Un injecteur poly-biomasses a été installé en même temps que le foyer charbon. Cet investissement d’avenir de plus de 1,7 million d’euros a pour objectif d’être un relais de croissance pour le site d’Aulnay et de fait, de donner encore plus de visibilité à Capdéa. Le site est aujourd’hui capable de produire 400 T/jour. C’est un potentiel intéressant. Dans le même temps, nous consommons plus d’énergie verte (jusqu’à 85%). Les enjeux étaient économiques, stratégiques et environnementaux. Nous avons d’ailleurs été soutenus par l’Ademe, à hauteur de près de 500 000 euros.

Quelles sont les perspectives 2019 ?

La demande pour nos produits demeure forte, nos stocks sont vides, les cours actuels d’un bon niveau : 2019 devrait faire oublier 2018. Nous recherchons des hectares de maïs pour 2019. En effet, à la demande de Désialis, nous avons lancé en 2018 un nouveau produit, le maïsépi, riche en amidon. 1000 T ont été produites en 2018, sur un marché rémunérateur. Nous maintenons la surface luzerne à plus de 7400 ha (dont 800 ha en bio) pour 2019, c’est un record. Pour l’oeillette, les surfaces seront à près de 3000 ha. Nous allons proposer un nouveau prix plus compétitifs à nos adhérents ainsi qu’un changement de variétés qui, nous le souhaitons, devrait donner de meilleurs résultats que lors de la précédente campagne. Nous prévoyons également de contractualiser 4000 T de paille à granuler. Nos investissements, nos silos vides, la demande forte, des clients historiques satisfaits, de nouveaux marchés et toujours la fidélité de nos adhérents sont nos moteurs.

Propos recueillis par A.T.