Forêts et Bois de l’Est recherche des populiculteurs

Sylviculture. Avec la présence du groupe Thebault à Marigny-le-Châtel, et l’arrivée prochaine de Garnica en périphérie de Troyes, les coopératives forestières recherchent de nouveaux volumes en peuplier.

© Jean-Paul Vinot

Ne dit-on pas que l’union fait la force ? Afin de sécuriser l’approvisionnement des industriels en peuplier, plusieurs coopératives forestières ont décidé de travailler ensemble. D’où le lancement d’ici le 1er avril de l’union de coopératives « Sylvo’plus». « Ce projet vise à devenir le leader de la production de grumes de peuplier en France. Il a pour vocation de devenir un partenaire important des différents industriels transformateurs », explique Alain Jacquet, directeur de Forêts et Bois de l’Est. Les trois autres coopératives engagées dans ce projet sont Nord Seine Forêt, Unisylva et la Coopérative Forestière Bourgogne Limousin (CFBL). Lesquelles n’en sont pas à leur coup d’essai : en septembre 2016, elles avaient déjà lancé « Sylvo Watts », un des principaux producteurs de plaquettes forestières au niveau national.

Une peupleraie en déclin depuis 20 ans

En France, le peuplier est la deuxième essence feuillue récoltée après le chêne. La superficie populicole représenterait ainsi entre 230 000 et 250 000 hectares. Mais depuis une vingtaine d’années, le rythme des replantations est passé de 2,3 millions de plants par an – au début des années 1990 – à moins de 600 000 en 2013. On estime par ailleurs à environ 70% le taux de reboisement en peuplier suite à son exploitation. Un rythme qui ne devrait donc pas satisfaire les besoins des industriels. En région Grand Est, la surface populicole est estimée entre 20 000 et 25 000 hectares. On compterait également aujourd’hui 100 000 m3 de bois d’oeuvre (contre 400 000 m3 dans les années 1990). Une production – du bois de déroulage – majoritairement exportée vers l’Italie.

Voilà donc pourquoi les coopératives forestières cherchent aujourd’hui à séduire des agriculteurs. D’autant que la sylviculture peut aussi être un débouché pour bon nombre d’exploitations. « Parmi nos adhérents et administrateurs, nous avons de nombreux agriculteurs », confirme d’ailleurs Alain Jacquet.

Une production à part entière

Une production qui reste toutefois spécifique et qui demande de la technicité à différents niveaux. « Ce qui convient le mieux, ce sont des sols très profonds, bien drainés et alimentés en eau, riches en éléments minéraux. C’est pour cela que les peupliers sont très présents dans les plaines alluviales, près des cours d’eau. Ils peuvent dès lors puiser l’eau dont ils ont besoin », indique encore Alain Jacquet. Ainsi, la majeure partie des peupliers sont aujourd’hui concentrés dans les vallées de la Seine, de la Marne et de l’Aube. De nombreuses surfaces dans ces vallées peuvent encore être boisées ou reboisées.

Il y a également toute une partie technique. Le sylviculteur, même si la coopérative reste un appui, doit assimiler des connaissances quant aux règles culturales, afin de produire la qualité demandée par le marché. Le prix de vente variera d’ailleurs en fonction. « On peut espérer avec les plus beaux peupliers 45 euros net du m3 sur pied. Mais si l’arbre n’est pas bien élagué, bien entretenu ou cultivé, le prix peut être très inférieur », note aussi Alain Jacquet.

Une technicité requise

Il faut également savoir reboiser à bon escient. Enfin, l’aspect sanitaire n’est pas à négliger. D’autant que depuis la fin des années 1990, un champignon s’est installé dans les peupleraies. Les nouveaux cultivars permettent néanmoins de le contrer. Et pas seulement. « Avec ces cultivars, un peuplier sera commercialisable après une quinzaine d’années. La pratique traditionnelle tourne autour de 20 à 25 ans. Mais c’est important de les couper assez vite. Sinon, la qualité du bois se dégrade rapidement. Le diamètre est également suffisant, d’où l’importance de la pratique culturale », ajoute encore Alain Jacquet.

Aujourd’hui, Forêts et Bois de l’Est commercialise un peu moins de 40 000 tonnes de grumes de peupliers. Le programme sera à court terme capable de commercialiser 100 000 m3 de bois d’oeuvre de peuplier chaque année. Mais à moyen terme, il s’agira de pouvoir livrer entre 130 000 et 150 000 m3.

Aurélien Tournier