Les clés pour réussir son installation

Des étapes restent essentielles pour mener à bien son projet. On fait le point avec Émilie Bouvier et Catherine Caussin, en charge de cette thématique à la Chambre d’agriculture de l’Aube.

 

L’installation en agriculture, c’est un peu comme une recette de cuisine : il y a des ingrédients à apporter au bon moment, afin de garantir le succès de la préparation. Et avant de se pencher sur le projet d’installation, il faut déjà penser à celui – le plus souvent – de la transmission. « Une transmission bien préparée et anticipée, cela facilite déjà une installation », confirme d’ailleurs Émilie Bouvier. L’occasion de lever plusieurs entraves ou encore d’être présenté par le cédant à de nombreux tiers afin de faciliter la poursuite de l’activité (propriétaire, clients…). C’est aussi une période qui permet de voir ce qui est possible de faire, et ce qui peut être repris. Un accompagnement à la transmission ainsi qu’un stage de parrainage – lequel permet de s’imprégner du quotidien à la ferme – peuvent par ailleurs être mis en place.

Se poser les bonnes questions

S’installer nécessite également de se poser les bonnes questions : qu’est-ce qui me motive au plus profond de moi-même, qu’est-ce qui va faire que je vais avoir envie de me lever tous les matins, qu’est-ce que je recherche, etc. Des questionnements qui ne sont pas toujours évidents lorsque l’on n’a que 23 ans. Bien sûr, on a envie de devenir son propre patron… mais cela ne fait pas tout. Et est-ce le bon moment ? « On peut avoir des jeunes qui reviennent nous voir 4 ans plus tard, en nous disant qu’ils n’ont pas trouvé leur place », précise Émilie Bouvier.

Les objectifs doivent aussi être en adéquation avec ceux des autres associés. « On peut avoir des conflits de génération au sein d’une ferme familiale, avec des jeunes qui veulent changer des pratiques. Or, si les choses ne sont pas posées en amont, cela va être problématique pour la suite », note pour sa part Catherine Caussin.

Des rendez-vous avec la Chambre d’agriculture

Afin d’être préparé le mieux possible, des formations peuvent aussi être proposées en amont mais aussi en aval de l’installation. Un point qui est d’ailleurs discuté lors des différents rendez-vous programmés dans les chambres d’agriculture. « Certaines personnes vont avoir besoin de connaissances quant aux règles d’hygiène, la fabrication d’un produit… Nous pouvons ainsi mettre en place des plans de formation personnalisés », commente encore Émilie Bouvier. Il faut dire que les futurs installés n’ont pas tous le même bagage de compétences. « Des personnes vont choisir l’agriculture après une première expérience professionnelle. Lors de nos rencontres, il nous faut aussi parfois sortir de l’image d’Épinal de l’agriculture, réexpliquer les bases, faire prendre du recul, voire parfois même ramener les pieds sur terre par rapport à l’idéal qui est projeté », précise-t-elle encore.

À vrai dire, prendre recul, tous devront s’y coller. Le futur exploitant arrivera-t-il à vivre de son métier ? Voilà une (autre) question qu’il faudra inévitablement se poser; c’est la réalisation d’une étude de faisabilité économique qui est le bon outil pour y répondre.

L’importance d’échanger autour de son projet

Expliquer son projet à son entourage, c’est aussi un conseil distillé par Émilie Bouvier et Catherine Caussin. « Il faut confronter son projet à plein de personnes, afin d’avoir des regards différents. C’est comme cela qu’on avance », relate encore cette dernière. Cet exercice est d’ailleurs particulièrement apprécié lors du « stage 21 heures ». Autant d’échanges qui permettent d’identifier les points forts du projet, mais aussi ses points faibles ainsi que les opportunités.

Bref, on l’aura compris, l’installation demande beaucoup de réflexion en amont. Des professionnels restent néanmoins présents pour aider tout au long de ses démarches le porteur de projet. Toutefois, l’installation n’est pas un but ultime. Pour garder une longueur d’avance, mieux vaut également se projeter et prévoir « le coup d’après ». Notamment en ce qui pourrait concerner le départ à la retraite de parents. Sans nul doute possible, ils n’hésiteront point à aider le jeune installé tant que cela leur sera possible. Mais l’après devra lui aussi être étudié.

Aurélien Tournier