Des randonnées pour échanger avec le monde agricole

© Au cœur des paysans

Et si, au détour d’une balade, vous alliez rencontrer des agriculteurs ? L’idée ne paraît pas si saugrenue que cela. D’autant qu’une telle démarche pourrait permettre de faire tomber bien des idées reçues… Créée voilà deux ans, l’association Au cœur des paysans s’est d’ailleurs donnée pour mission de recréer du lien entre les mondes citadin et agricole, au travers de la randonnée.

Retisser des liens entre urbains et agriculteurs

« On suggère des sentiers – déjà balisés et entretenus – le long desquels des agriculteurs peuvent être rencontrés sur leurs fermes. Ces derniers présentent alors leurs métiers et chacun peut échanger. Ce projet vise à montrer la diversité et la richesse de l’agriculture en France », explique Clothilde Charron, chef de projet au sein de l’association. Ainsi, qu’une exploitation possède 3 ou 80 hectares, qu’elle soit tournée vers les grandes cultures, l’élevage, la vigne, – ou bien qu’elle ait choisie ou non l’agriculture biologique-, cela n’a guère d’importance. « Il n’y a pas de parti pris. Notre association est asyndicale et apolitique. C’est au randonneur de se faire sa propre idée », poursuit la jeune femme.

Pour l’heure, dans l’Hexagone, 700 kilomètres de parcours ont été répertoriés et 70 agriculteurs sont parties prenantes. « Nous partons des Ardennes, en direction des Pyrénées », note-t-elle aussi. Dans le département de l’Aube, on compte aujourd’hui 160 kilomètres de sentiers identifiés. Après Saint-Dizier (en Haute-Marne), les randonneurs arrivent au cœur de la Forêt d’Orient. Ils prennent ensuite la direction de Bar-sur-Seine, puis d’Essoyes, avant d’arriver en Côte-d’Or.

Montrer la juste réalité des choses

Une quinzaine d’agriculteurs aubois sont engagés dans cette dynamique. Alain Chevallier est l’un d’eux. Installé à La Loge-aux-Chèvres, l’exploitation est tournée vers l’élevage bovin allaitant, en système extensif. « On a reçu un groupe de randonneurs au printemps. C’est bien d’accueillir des gens pour leur montrer comment on travaille. Je pense qu’il y a un décalage entre la réalité et ce que pensent les gens de l’agriculture. Les grands médias – notamment les grands médias télévisuels, beaucoup moins la presse écrite – participent aussi au dénigrement de l’agriculture. C’est donc bien de remettre les pendules à l’heure par rapport à ce que les citadins peuvent entendre ou lire », souligne l’éleveur.

L’exploitation de Jean-Baptiste Schreiner (élevages bovin et ovin en système extensif, production de céréales et oléoprotéagineux en agriculture de conservation), est quant à elle située à Bar-sur-Aube. « Je trouve que c’est bien de communiquer avec le monde urbain. Ce que l’on entend, ce n’est pas la réalité sur nos pratiques, il y a souvent beaucoup d’exagération à charge. Cette démarche permet de montrer notre métier, le travail du sol, la vie du sol, celle des animaux, etc. », souligne-t-il.

Fondées en 1815, les Pépinières Girardin-Pailley (à Précy-Saint-Martin) sont spécialisées dans la culture et la commercialisation de différentes espèces végétales tel que les arbres d’ornement, les arbres fruitiers, les arbustes et les conifères. « C’est pour faire connaître notre métier. Peu de personnes connaissent les pépinières traditionnelles de pleine terre. On explique par exemple comment on produit un arbre fruitier, de la semence à la vente, en passant par la greffe, la taille… », explique quant à lui Jean-Marc Girardin, le co-gérant.

À la recherche de nouveaux agriculteurs

« La coopérative Vivescia nous a aidé à identifier des agriculteurs », ajoute encore Clothilde Charron. Il faut dire qu’il existe une contrainte : les agriculteurs doivent être situés à moins de 2 kilomètres du sentier. Des réseaux, comme « Bienvenue à la ferme », ont également été sollicités.

L’association « Au cœur des paysans » reste cependant intéressée pour inclure de nouveaux agriculteurs et viticulteurs dans ses parcours. D’autant que des boucles doivent prochainement voir le jour. Une véritable opportunité, à l’heure où une fracture entre citadins et ruraux semble se créer et où l’agribashing bat son plein.

Le site Internet de l’association indique également les logements situés à proximité des sentiers. Une piste à explorer pour les acteurs du monde agricole et vitivinicole tournés vers l’agritourisme. Même si la démarche d’Au cœur des paysans n’a aucunement une visée commerciale. « On mise avant tout sur l’humain et l’expérience. Après, si un agriculteur propose quelque chose à la vente, le randonneur pourra bien entendu l’acheter », nuance encore Clothilde Charron. L’acheter, mais aussi le porter…

Aurélien Tournier