« L’agriculture est un métier fabuleux »

Ludovic Renaudin est céréalier à Montsuzain. Il vient de publier un ouvrage aux éditions L’Harmattan. « Une face cachée des agriculteurs » veut apporter des réponses à des questions non posées. Rencontre.

On pourrait se dire qu’un agriculteur passe la plupart de son temps dans son exploitation, et que le peu de temps qui lui reste est consacré à sa famille. Pourquoi avoir décidé, et pris le temps, d’écrire un livre ?

Ce livre, c’est une réponse à mon ras-le-bol par rapport à tout ce que l’on pouvait entendre quant à l’agriculture, sur les réseaux sociaux, les médias d’information générale, ou même dans ma famille et mon cercle d’amis. Les exemples sont nombreux. On n’entend souvent ‘C’est naturel, donc c’est bon.’ Et ça, c’est faux. Certains produits naturels sont mauvais. Donc il y a ce sous-entendu qui dit que si je ne travaille pas avec des produits naturels, ma production sera mauvaise.

La deuxième pression, pour moi, c’est le matraquage. D’ici quelques années, certains voudraient que tout soit en produits naturels. J’ai envie de dire : pourquoi pas ! Mais cela me semble être une absurdité totale si on ne le fait pas pour les médicaments à base de produits de synthèse, qui, eux, sont considérés comme bons pour la santé. Ils sont même meilleurs que certains médicaments bio. Pourtant, on ne les remet pas en cause. Si on veut passer sur des produits naturels, il faut être logique jusqu’au bout et arrêter les produits de synthèse pour l’anesthésie, la chimiothérapie, la pilule, l’antidépresseur, etc. Je ne suis pas contre le bio. Si demain on a que des produits naturels, c’est très bien. Mais ce doit être le fruit d’un travail de recherche dans le temps et non un couperet administratif.

Vous voulez apporter des réponses à des questions non posées. Quelles sont-elles ?

C’est d’abord essayer de comprendre pourquoi j’ai fait tel ou tel choix technique, essayer de comprendre qu’est ce qui m’a motivé à tel ou tel système. En agriculture, quand on entre dans un système, on y est pour plusieurs années. On ne peut pas changer du jour au lendemain. Il faut plusieurs années d’investissements, financier et technique, afin d’obtenir des résultats. Ce qui n’est pas une option. Notre rythme est lent, avec des conditions climatiques qui changent chaque année. Mais le but est d’améliorer, d’avancer le mieux possible, par rapport à la recherche et aux attentes sociétales.

Les questions touchent plusieurs domaines. Il y a celle des produits de synthèse, évoquée précédemment, l’eau, l’utilisation du glyphosate, les subventions, etc.

D’après vous, une partie de la société ne comprend pas ce qu’est un agriculteur. Justement, qui est-il ?

C’est d’abord un accompagnateur du vivant. L’agriculteur est dépendant des lois de la météo et de celles du vivant, qui ne lui appartiennent pas. Il y a une sorte d’humilité à avoir. Or, la société veut justement enfermer ce métier dans des dossiers, en totale déconnexion du réel. C’est aussi un métier qui a la noblesse de pouvoir nourrir l’Homme. Nous sommes, chaque jour, dépositaire d’une terre qui va nourrir l’Humanité. C’est une belle responsabilité.

En agriculture, on voit rarement des personnes aussi passionnées. J’aime à dire qu’elle est comme la philosophie. Cette dernière est la seule science qui étudie l’Homme à 360 degrés. L’agriculture est très semblable. En effet, elle est l’un des rares métiers à s’appuyer sur une si large diversité d’autres sciences qui nous entourent, comme la connaissance du vivant, celle de la terre en lien avec la biologie de la plante, la connaissance du matériel. Ajoutons à cela la gestion financière, le commerce, l’analyse des cours et marchés, l’informatique, la participation à la vie des coopératives, la relation humaine ou bien encore la communication, comme l’écriture de ce livre pour dire ce que l’on fait. L’agriculture est un métier fabuleux.

PROPOS RECUEILLIS PAR AURÉLIEN TOURNIER

 

Où se procurer l’ouvrage

Ce livre se lit en un peu plus d’une heure. Il est disponible à la librairie « Chemin de vie », à Troyes. On peut également le commander sur plusieurs sites Internet, dont le site de l’éditeur. Prix : 10,50 euros.